L’ai-je bien racisé ?

Dans cette foire d’empoigne où la protestation des uns rencontre la démagogie prête à l’emploi des idéologues, Monsieur Blanchard vient d’ajouter un important chapitre : la confusion du juste et du jeunisme. Si les jeunes ont remplacé le vieil universalisme républicain par la figure décoloniale du racisé, c’est donc, je cite, que le « débat est déjà tranché ». Ce raisonnement vaut ce que vaut le raisonnement suivant : « Je ne sais pas pourquoi Simon Leys s’obstine à dénoncer le maoïsme : les maoïstes ont déjà tranché. »

On peut effectivement considérer que ce que pense la majorité est un fait social, et il se trouvera toujours des idéologues comme Pascal Blanchard — ou, naguère, comme Roger Garaudy — pour transformer subrepticement ce fait en valeur. Seulement voilà : si la justice sociale dépendait de ce que pense la majorité idéologique du moment, alors Marine Le Pen, une fois élue, incarnerait la figure même du juste. Gageons que Monsieur Blanchard, redécouvrant soudain les vertus de la résistance minoritaire, changera aussitôt son fusil d’épaule pour dénoncer la tyrannie du nombre.

Ne dites pas à Monsieur Blanchard que cette génération vote également, et massivement, Marine Le Pen : vous mettriez à mal la beauté de sa démonstration. Ne dites pas à Monsieur Blanchard que beaucoup de jeunes sont loin d’épouser le vocabulaire décolonial qui fait fureur dans son microcosme : ces jeunes-là ne sont que des vieux en puissance, et c’est à peine s’ils sont représentatifs de quoi que ce soit. Ainsi va le confort intellectuel chez les amis de la jeunesse, ce monde merveilleux où les jeunes ont « tranché le débat » à condition de reproduire le biais idéologique du chercheur en question. Ronsard avait raison : la jeunesse est une bien belle chose — surtout lorsque l’on se mire en elle comme dans un miroir.