Un fasciste à ma table.

Il fut un temps où les fachos comprenaient l’Ukraine de l’intérieur. J’en veux pour preuve le livre de Benoist-Méchin, « L’Ukraine, le fantôme de l’Europe », admirable de justesse et de pénétration analytique. Une seule phrase suffirait pour résumer notre époque : les nazis avaient Benoist-Méchin, et nous avons Dupont-Aignan.

Nous voici donc sommés de croire en la victoire inévitable de Poutine parce que des faux résistants prêts à gober les dires d’un KGBiste ont décidé, à mille kilomètres du front, qu’il en irait ainsi. Voilà qui rappelle fortement la victoire réputée irrésistible du Prolétariat, tant par la tonalité prophétique que par la stupidité intrinsèque.

Mais le plus fort est que ces patriotes sont supposés se soucier de la sécurité de notre beau pays. Nier les crimes de guerre journaliers de Poutine comme si le fait de répondre à une attaque logistique par des massacres de civils allait de soi, retarder l’adaptation militaire de la France faute de comprendre la révolution tactique en Ukraine, s’imaginer à l’abri derrière les lignes Maginot d’un gaullisme à la papa (papa dont Luc Ferry, hier encore, était tout heureux de nous parler) : voilà assurément des choses différentes. L’exploit du poutinisme français est d’avoir réuni ces trois erreurs en une seule.

Réédité en 1991 avec une excellente préface d’Éric Roussel, « L’Ukraine, le fantôme de l’Europe » soutient une thèse fort originale pour un collaborateur de cet acabit : l’Ukraine constitue une nation historique à part entière. Non seulement ce pays n’est pas une annexe de la Russie, mais rien ne sera réglé en Europe tant que la «question ukrainienne» ne le sera pas. Pilier de la collaboration à la française, Benoist-Méchin devait associer une intelligence saisissante à une carrière désastreuse – ce qui sera toujours moins pire que d’associer, comme Madame Le Pen ou le gaulliste d’Yerres, une carrière lamentable à une intelligence politique désastreuse.