Ukraine, the dog is the message. Parmi les milliers de pancartes tournant en dérision les arguments avancés pour justifier le départ du ministre de la Défense Mykhailo Fedorov (devenu pour beaucoup le symbole d’une armée plus transparente, plus innovante et plus efficace) celle-ci résume le mieux, semble-t-il, l’état d’esprit général:
Я хаваю все підряд, але цю діч схавати не можу!
J’avale tout ce qui me tombe sous la dent, mais cette connerie-là, je ne peux pas l’avaler.
Parce que la démagogie n’est pas le privilège des margoulins d’extrême droite : elle se faufile aussi bien chez les anti-capitalistes, les marxistes, les trotskystes, les bonimenteurs de la Révolution introuvable, et même chez les partisans si proprets de la social-démocratie. Un sacré tour de France, en somme.
Scandale sur CNews, où quelqu’un a tenu des propos non racistes. La scène vaut le détour et elle aurait fortement intéressé La Bruyère. Admirons chez Pascal Praud cette moue de caporal vexé qui découvre avec stupeur qu’une femme peut lui tenir tête. Admirons chez ce procureur de province ce petit air en coin qui fait peser sur son interlocutrice l’ombre d’une catastrophe imminente sous le fallacieux prétexte que cette jeune femme est en désaccord avec lui. Des sourcils bien taillés pour la menace bolloréenne, comme si la femme que le destin lui oppose si malignement (« c’est pas bien ce que vous dites ») venait de commettre un crime contre l’ordre fasciste dont il a la garde. L’homme faible aime les potentats pour des raisons compensatoires évidentes – ou traiter les femmes en élèves dissipées du haut de sa misérable compétence. Sait-il seulement que ce petit regard en coin en dit plus long sur lui que toutes ses remarques racistes réunies ? « If you think strong men are dangerous, remarquait Peterson, wait till you see what weak men are capable of. » Mais nous savons, nous le voyons, nous n’avons pas besoin d’attendre.
Marine Le Pen a lancé sa campagne présidentielle sur un premier mensonge : l’idée que le peuple jugera à la place des juges. Comme si le peuple détenait les pièces du dossier, comme si le peuple pouvait accumuler et soupeser les preuves avec l’équilibre et la sérénité nécessaires. Quelle que soit l’issue d’une démarche purement juridique qui ne change rien quant à sa condamnation de fond, Marine Le Pen est d’ores et déjà coupable de tabler sur les passions collectives pour faire oublier ses turpitudes, coupable de confondre vox populi et État de droit. « Marine Le Pen est une justiciable comme une autre, ça vous embête ? », enchaîna aussitôt le piètre enfumeur Jean-Philippe Tanguy, comme si les Français ordinaires pouvaient dresser des électeurs contre les juges, comme si une telle pression, pour un justiciable non élu, était possible.
Soirée télévisuelle des plus éclairantes, puisqu’en l’espace de deux mensonges, nous avons un résumé parfait du tour passe-passe populiste : confondre une élection et une institution, attenter à la séparation des pouvoirs en faisant mine de remonter « aux sources de la démocratie », sauver les intérêts d’un clan en donnant l’impression de « rendre la parole au peuple ». Le cocufiage politique étant le seul contrat renouvelable par suffrage universel, gageons que les électeurs de Marine Le Pen préféreront voir en elle une candidate anti-système pour découvrir ensuite — c’est-à-dire une fois qu’il est trop tard — à quelle blanche colombe ils ont affaire. C’est ce que l’on appelle, chez l’indispensable Feydeau, le moment de vérité.