Contre le port de la tolérance intégrale

Monsieur Ramadan condamne toute violence physique faite aux femmes. Simplement, il réclame le droit de lire le Coran et de consulter Dieu pour savoir s’il faut, ou non, la frapper.

Monsieur Ramadan condamne avec la plus grande vigueur la violence faite aux homosexuels. Simplement, il pense que l’homosexualité est un crime au regard de sa foi. Comme tout homme a le droit de croire, tout homme a le droit de considérer cette pratique comme une monstruosité contre nature.

Pour les besoins d’une enquête personnelle, j’ai dû visionner les débats télévisuels de cet éminent docteur, et je suis toujours étonné que des journalistes ou des hommes politiques français tombent dans le panneau de cette conception prédicatrice de la tolérance.

La conception prédicatrice de la tolérance se présente comme la conception achevée de la tolérance. Lorsque vous vous élevez contre telle ou telle pratique, Monsieur Ramadam s’étonne. Son visage s’arrondit, ses lèvres s’effilent, il vous répond : « Qu’est-ce qui vous gêne ? Vous n’aimez pas les musulmans ? Pourquoi vous ne laissez pas les gens faire ce qu’ils veulent ? ».

Et ainsi en va-t-il de la sexualité féminine. Bien sûr, notre éminent spécialiste du fait religieux (qu’on me permette de ne pas énumérer ses diplômes, une journée n’y suffirait pas) a le plus grand respect pour les femmes. Il ne leur ferait jamais aucun mal et milite internationalement pour la cessation des pratiques barbares les concernant. Simplement, il pense que le problème de la pureté féminine se pose. C’est un peu comme si l’on disait : je ne ferais jamais de mal à un juif. Simplement, j’aimerais savoir si les juifs sont des sous-hommes ou non. Ou bien : j’ai le plus grand respect pour les indiens Tupi-Guarani. Simplement, je me demande s’ils ont une âme.

Et notre vaillant docteur d’étudier le Coran pour trouver la bonne réponse.

Voilà où nous en sommes.

Il est à noter que, dans le monde de la tolérance intégrale vers lequel nous nous dirigeons à grand pas sous la pression de ces vaillants progressistes, les prédicateurs ne détestent rien tant que le dogmatisme. Ils sont d’ailleurs très étonnés toutes les fois qu’un contradicteur (généralement ce qu’on appelle, avec une moue de dédain, un laïcard) s’emporte. Monsieur Ramadan a bien le droit de lire le Coran pour savoir s’il faut lapider une femme quand on est un bon musulman. Mais que quelqu’un coupe la parole à Monsieur Ramadan, ça non. Voilà qui est indigne.

Cette farce amusante à Paris (et très cruelle ailleurs) continuera aussi longtemps que nous accepterons l’idée qu’un homme a reçu de Dieu la capacité de déterminer si un sein doit être caché ou non (Molière, si tu nous entends…). La sexualité des femmes n’est pas un problème, et le savoir de Monsieur Ramadan n’est pas un savoir. Quant à cet appel au débat, à la démocratie, à la sérénité, il ne signifie rien dans la bouche d’un homme qui s’octroie, sous prétexte d’études, le pouvoir de départager le pur de l’impur. Il est aussi absurde d’envisager un débat démocratique sur la pureté féminine que d’envisager sereinement un débat sur la nature possiblement diabolique des chats noirs à poil court.

The importance of elsewhere

There is no greater pleasure than to travel abroad and realize that all the French writers you believe to be important are but fleeting ripples on the surface of a lake. Not that you hold anything against French writers, not that you indulge in some kind of masochism. You just love the idea of an ever-expanding literary world, a limitless galaxy of stories waiting to be unfolded in the intimacy of your solitude.

There is this moment, you step inside a bookshop in a foreign country, and the universe seems to start afresh. New names, new titles, new stories. Specialits tend to lament the sluggishness of the translation market, but I’m so glad so little is being translated, it makes our voyage into languages a daunting task and a thrilling adventure. Literature has to be an effort, something one has to conquer over the immediacy, the easiness, the comfort of one’s mother tongue. I’ve been in Paris for two weeks now, and I can’t wait to feel a foreigner again. I don’t know why. I’m just utterly thrilled by this beautiful sequence of sensations : the black front of a bookshop in South Kensignton, the ring of a door bell as I step in, the avalanche of names I have never heard of as I snake my way through the stacks of books. This is as good as the creation of the world before sin – a state of joyful innocence that can only be compared with the undressing of a woman you love.

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On being Shakespeare

Shakespeare’s friends all agreed upon the fact that the author of « Othello » was a good fellow, describing him as good-natured, easy-going, gentle and strikingly unassuming. In short, someone with whom you could have a relaxed drink in a pub. « It is as though, says Harold Bloom, the creator of scores of major characters and hundreds of frequently vivid figures wasted no imaginative energy in inventing a persona for himself ». Writers tend to associate creativity with neurosis (much to the detriment of their close relatives), but there is an inverse ratio in Shakespeare’s case : the genius of Western Literature was in fact, quite simply, a charming man.

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Des femmes admirables (portraits acides)

If it wasn’t for literature, it would be impossible to chronicle with due precision the dark side of motherly love. It would be impossible to report on the violence of the weaker sex. We would live in the Disney world of Dworkin’s feminism, a world in which all women are blissfully endowed with the ability to fight for some universal good, as opposed to men, naturally inclined, so it appears, to invasion and plunder. Militants like to believe that the world is structured around the fight between prejudice and feminism. Well, things might be a little bit more complicated.

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