Le Sommier vous informe

Écrivains ou bénévoles, nous n’allons jamais à Kherson avec un signe « PRESS » affiché sur le torse parce que c’est la meilleure façon de se faire tirer comme un lapin par un Russe. Voilà quelque chose que Monsieur Le Sommier ne vous dira pas, trop occupé à défendre la liberté d’expression de Madame Fedorova. À quoi bon parler de la liberté d’expression en Russie – à quoi bon parler des journalistes systématiquement tués en Ukraine – quand le seul but est de conforter les poutinistes de CNews dans leurs certitudes ? N’oublie pas ton casque à pointe, ami fasciste, la prochaine fois que tu viendras à Kramatorsk. Ce sera un peu moins trompeur que ce titre de journaliste objectif qui nous fait tous bien rire.

31.07.2026

Pour mémoire

Rappelons que, le 15 août 1936, Le Figaro nous apprenait qu’un « vaste complot trotskiste » venait d’être découvert en URSS. Pure propagande stalinienne, bien sûr, mais tout à fait digne de la propagande poutinienne que Fedorova n’aura eu de cesse de propager en France pour le plus grand bonheur des gogos d’extrême droite qui ne défendent la liberté d’expression que pour mieux répéter chacun des mensonges de Poutine.

Laboratoires ukrainiens secrets pour empoisonner les Russes, manigances de la CIA dans le rôle parfait du trotskiste maléfique, etc.

Les idiots utiles du Kremlin (gauche « radicale » comprise) sont décidément incorrigibles. “I have learned from my mistakes, disait Peter Cook, and I am sure I can repeat them exactly”, phrase qui pourrait leur servir de devise politique.

S.W.

Parce que la démagogie n’est pas le privilège des margoulins d’extrême droite : elle se faufile aussi bien chez les anti-capitalistes, les marxistes, les trotskystes, les bonimenteurs de la Révolution introuvable, et même chez les partisans si proprets de la social-démocratie. Un sacré tour de France, en somme.

Rendez-vous en mai prochain.

L’extrême droite la plus bête du monde.

Scandale sur CNews, où quelqu’un a tenu des propos non racistes. La scène vaut le détour et elle aurait fortement intéressé La Bruyère. Admirons chez Pascal Praud cette moue de caporal vexé qui découvre avec stupeur qu’une femme peut lui tenir tête. Admirons chez ce procureur de province ce petit air en coin qui fait peser sur son interlocutrice l’ombre d’une catastrophe imminente sous le fallacieux prétexte que cette jeune femme est en désaccord avec lui. Des sourcils bien taillés pour la menace bolloréenne, comme si la femme que le destin lui oppose si malignement (« c’est pas bien ce que vous dites ») venait de commettre un crime contre l’ordre fasciste dont il a la garde. L’homme faible aime les potentats pour des raisons compensatoires évidentes – ou traiter les femmes en élèves dissipées du haut de sa misérable compétence. Sait-il seulement que ce petit regard en coin en dit plus long sur lui que toutes ses remarques racistes réunies ? « If you think strong men are dangerous, remarquait Peterson, wait till you see what weak men are capable of. » Mais nous savons, nous le voyons, nous n’avons pas besoin d’attendre.

Si l’administration m’était contée

Moins d’un an après son assassinat, lorsque j’ai écrit un livre pour exposer l’abandon dont Samuel Paty a fait l’objet de la part de ses supérieurs, un ministre macroniste de l’époque m’a accusé publiquement de soutenir une thèse farfelue, de salir son administration, et de vouloir faire de l’argent.

« Le calcul de ce genre de personnes est de faire scandale à partir de rien », crut-il bon de préciser à mon sujet sur Europe 1. Et notre homme de conclure : « N’allons pas chercher des choses qui sont fausses simplement pour faire scandale. Ce n’est pas bon pour le débat démocratique ».

J’aimerais pouvoir écrire : c’était une autre époque.

Comme ce n’est pas le cas — comme cette époque est bien la nôtre — je partage ici la tribune d’un ami indéfectible, Didier Lemaire – lequel ne lâche rien sur un point capital.

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/didier-lemaire-apres-l-abandon-de-samuel-paty-le-temps-est-venu-de-se-pencher-sur-les-responsabilites-politiques-20260519

Et l’excellente tribune de Claudine Tiercelin, si vive et si claire :

https://www.liberation.fr/debats/2020/10/29/samuel-paty-a-paye-de-sa-vie-le-risque-du-savoir_1803892

Errata mon amour

Ajoutons les deux ouvrages commis avec Tariq Ramadan (le Tartuffe de la chasteté religieuse dont une certaine pudeur me retient de rappeler ici les exploits) — ou la vista de Pascal Boniface, le géopolitologue dont personne n’aura oublié le fameux : «La Russie n’a aucune envie de conquérir le Donbass».

Voilà un homme qui savait s’entourer des meilleurs spécialistes.

Philippe de Villiers, logicien.

Bel exemple de fake news à la Philippe de Villiers : « Glucksmann veut retirer son titre de séjour à Xenia Fedorova. Pour trois raisons. Elle est russe. Elle est donc pro-russe. C’est donc un agent de propagande russe. » Mais Glucksmann a-t-il jamais affirmé que Xenia Fedorova était une propagandiste du Kremlin parce qu’elle était russe ? Si c’était vrai, Glucksmann aurait proposé de retirer leur titre de séjour à tous les Russes. À prémisse absurde, conclusion débile. (Tous les chats sont des oiseaux. Tous les oiseaux savent piloter un avion. Donc tous les chats savent piloter un avion.) Et le plus drôle est que la Pythie des poutinistes se croit obligée d’ajouter (non sans plisser les yeux d’un air profond): «Vous me suivez ?»

Un fasciste à ma table.

Il fut un temps où les fachos comprenaient l’Ukraine de l’intérieur. J’en veux pour preuve le livre de Benoist-Méchin, « L’Ukraine, le fantôme de l’Europe », admirable de justesse et de pénétration analytique. Une seule phrase suffirait pour résumer notre époque : les nazis avaient Benoist-Méchin, et nous avons Dupont-Aignan.

Nous voici donc sommés de croire en la victoire inévitable de Poutine parce que des faux résistants prêts à gober les dires d’un KGBiste ont décidé, à mille kilomètres du front, qu’il en irait ainsi. Voilà qui rappelle fortement la victoire réputée irrésistible du Prolétariat, tant par la tonalité prophétique que par la stupidité intrinsèque.

Mais le plus fort est que ces patriotes sont supposés se soucier de la sécurité de notre beau pays. Nier les crimes de guerre journaliers de Poutine comme si le fait de répondre à une attaque logistique par des massacres de civils allait de soi, retarder l’adaptation militaire de la France faute de comprendre la révolution tactique en Ukraine, s’imaginer à l’abri derrière les lignes Maginot d’un gaullisme à la papa (papa dont Luc Ferry, hier encore, était tout heureux de nous parler) : voilà assurément des choses différentes. L’exploit du poutinisme français est d’avoir réuni ces trois erreurs en une seule.

Réédité en 1991 avec une excellente préface d’Éric Roussel, « L’Ukraine, le fantôme de l’Europe » soutient une thèse fort originale pour un collaborateur de cet acabit : l’Ukraine constitue une nation historique à part entière. Non seulement ce pays n’est pas une annexe de la Russie, mais rien ne sera réglé en Europe tant que la «question ukrainienne» ne le sera pas. Pilier de la collaboration à la française, Benoist-Méchin devait associer une intelligence saisissante à une carrière désastreuse – ce qui sera toujours moins pire que d’associer, comme Madame Le Pen ou le gaulliste d’Yerres, une carrière lamentable à une intelligence politique désastreuse.