Notule sur les islamistes

Publié le 28 septembre 2012 sur « l’affaire des caricatures ». Causeur – David Di Nota

Mots-clés : caricatures, Islamisme

Un homme fait un dessin. Un islamiste tue un homme. Qui croyez-vous que l’on excusera? Mais l’islamiste qui tue un homme, voyons. Il faut dire que notre sensibilité au malheur est devenue si profonde que la blessure intérieure d’un islamiste nous paraît volontiers légitime. Que dis-je, respectable. Quant à l’envie de rire, elle est inexcusable. Elle dénote une absence de gravité qui fait peur.

Qu’a-t-on besoin de rire alors que le chômage est au plus haut et que l’Europe est au plus mal ? Pourquoi ne pas rire des choses sans importance – si l’on y tient absolument ? Assassiner un homme peut se comprendre, mais caricaturer Mahomet ? Que cherche le rieur ? Pourquoi jeter de l’huile sur le feu ? Comment peut-on se comporter d’une manière aussi irresponsable ?

Est-ce que le rieur souffre au moins ? Non, il ne souffre pas. Il ne tuerait pas son voisin, et il ne souffre pas. Voilà deux bonnes raisons d’en finir avec lui.

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L’imagination au pouvoir

Abstract : que pensez-vous de la gestion de la crise grecque par l’UE ? (Causeur, Juillet 2011)
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Le Portugal serait sur le point de demander son rattachement au Brésil. Enfin une bonne nouvelle. Non seulement ce plan aurait le mérite de la simplicité (plus besoin de respecter l’avis assommant des 27), mais il passerait très bien auprès de la population locale, et, notamment, auprès des amoureux de la bossa nova (que je sais nombreux à Lisbonne).

Étant donné la gestion qui est faite de la crise grecque, je précise que cette décision n’aurait rien d’irréaliste. Cette colonisation à l’envers sera toujours moins farfelue que les plans de sauvetage de la Grèce suivant les principes de l’orthodoxie libérale. On peut toujours étendre le principe du rattachement au Brésil à l’Espagne, et, de proche en proche, à l’ensemble des pays européens surendettés, cette solution sera toujours plus rationnelle que les propositions de Monsieur Trichet.

Avantage non négligeable de cette annexion, l’ensemble du bloc européen serait contrait de revisiter l’histoire de ses affinités culturelles. L’Europe reprendrait vie à partir de ses langues, les économistes cesseraient d’appliquer la même règle pour tous et les élus seraient forcés de refaire de la politique. Comment pourrions-nous décemment taxer ce projet d’irréaliste ? N’oublions pas que les libéraux d’aujourd’hui sont les gauchistes d’hier. L’imagination au pouvoir, ça doit bien leur rappeler quelque chose.

Courte lettre à Madame Fleur Pellerin, Ministre de la Culture, actuellement trop occupée pour lire de la littérature.

Madame,

Nous vous faisons parvenir une version abrégée de « Lolita ». Nous avons pris soin de l’adapter à votre goût prononcé pour Internet. Il s’agit également d’une version jeune, certainement plus rapide à lire.

Bien cordialement,

David di Nota

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Catch 22

“You have a morbid aversion to dying. You probably resent the fact that you’re at war and might get your head blown off any second. »

« I more than resent it, sir. I’m absolutely incensed. »

« You have deep-seated survival anxieties. And you don’t like bigots, bullies, snobs, or hypocrites. Subconsciously there are many people you hate. »

« Consciously, sir, consciously, » Yossarian corrected in an effort to help. « I hate them consciously. »

« You’re antagonistic to the idea of being robbed, exploited, degraded, humiliated, or deceived. Misery depresses you. Ignorance depresses you. Persecution depresses you. Violence depresses you. Corruption depresses you. You know, it wouldn’t surprise me if you’re a manic-depressive! »

« Yes, sir. Perhaps I am. »

« Don’t try to deny it. »

« I’m not denying it, sir, » said Yossarian, pleased with the miraculous rapport that finally existed between them. « I agree with all you’ve said.”

JOSEPH HELLER Catch 22, p 173.

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Il n’y pas de rapport sexuel

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Critique du film de Raphael Siboni, « Il n’y a pas de rapport sexuel », Capricci Film.
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Qu’est-ce qu’un bon film sur la sexualité ? Un film qui n’enseigne rien. Un film qui ne délivre pas la formule de la bonne jouissance. Un film qui en sait moins que vous, et qui n’en a pas honte. Un film qui s’en tient au plus absurde, au plus comique, parce que l’étendue de notre non-savoir sexuel restera toujours, soyons clairs, abyssale.

En intitulant leur opus Il n’y a pas de rapport sexuel, on peut dire que nos deux compères – le jeune Raphaël Siboni à la direction, le hardeur HPG à l’exécution – commencent sur de bonnes bases.

Sélectionnant les rushes personnels d’HPG, Siboni a eu l’intelligence suprême de s’en tenir aux scènes les plus stupides. Il se peut que ce film ne reflète qu’imparfaitement le monde du X, mais comme le propos n’est pas là, on ne lui en tiendra pas rigueur. Il ne s’agit pas de filmer la pornographie, mais de filmer l’absence de rapport sexuel dans la pornographie.

Par sa simplicité, par son absence de pause intellectuelle, Siboni a réalisé un authentique chef-d’œuvre. Tout est dans les détails, et ces détails n’ont rien à voir avec le sexe : telle actrice, le visage recouvert de sperme, se prend de compassion pour un acteur dont la fatigue commence à se faire sentir. Tel autre, déçu d’avoir si peu éjaculé, se tourne vers le caméraman, désolé.

Ces scènes sont hilarantes, et elles reflètent la force d’HPG. La force d’HPG est de ne pas vouloir passer pour quelqu’un de bien. C’est une qualité morale extrêmement rare. Tel philosophe vous enseignera comment faire l’amour comme un cochon tout en respectant les femmes, tel libertin trouvera étrange que vous ne soyez pas aussi libre que lui : pour sa part, HPG ne se montre jamais en exemple. Et c’est pourquoi ce petit film touche juste. Non pas que l’acteur se montre tel qu’il est : une telle confession ne l’aurait pas rendu plus humain. C’est bien plutôt sa roublardise, son obsession soiffarde, sa confusion (impossible de savoir ce qu’il veut dès qu’il se lance dans une indication scénique) qui font de cet hardeur malhabile et musclé un frère en absurdité.