Dernières nouvelles de l’islamisme

« Personne ne ment davantage que l’homme indigné », disait Nietzsche, remarque qui colle parfaitement à Maître Vuillemin, ce plaideur à moulinets qui nous refait le coup de l’islamophobie pour impressionner les foules et innocenter son client. On a le droit d’exercer son métier d’avocat, on a même le droit de défendre un spécimen de cette nature, mais aucune raison ne justifie que l’on mente sur la mort d’un homme.

Sur le rôle crucial d’Abdelhakim Sefrioui dans la décapitation d’un enseignant français – sur sa tactique, sur ses mensonges, et sur la profondeur de sa perversion – je me permets de renvoyer au chapitre 9 de mon enquête sur l’assassinat de Samuel Paty, homme droit et intègre abandonné de tous lors de cette semaine fatidique.

Panzerkommunismus reloaded.

Des intellectuels de gauche ont quitté le Parti communiste parce que l’écrasement de la Hongrie leur était insupportable. Il va sans dire que ce genre de rupture idéologique n’a plus cours aujourd’hui. Non seulement l’invasion de l’Ukraine n’a pas changé d’un iota l’intime conviction de nos amis LFIstes, mais leur manière d’innocenter Mélenchon est censée nous apporter la preuve que leur socialisme est bien réel. Je vois bien que la Russie massacre la population ukrainienne mais je continue d’affirmer que Poutine — le pauvre — ne fait que se défendre ? Je couvre les propos poutiniens de Mélenchon pour ne pas faire le jeu du Grand Capital ? Je dois à l’OTAN d’être en paix à l’Ouest mais je prends un colonel du KGB pour un ami sûr et l’OTAN comme mon pire ennemi ? C’est bien la preuve que je suis de gauche, moi au moins. Ainsi raisonne le militant en question.

Ce raisonnement connaît bien sûr de multiples formes, et l’on n’oubliera pas sa variante narcissique : “Puisque je ne suis pas antisémite, pourquoi voudriez-vous que LFI le soit ?”. Toujours prêt à sociologiser son adversaire – le fascisme étant, comme chacun sait, un produit de la bourgeoisie –, ce militant ne voit aucun problème à penser l’antisémitisme à partir de son moi, comme si ce moi avait, tout à coup, valeur de vérité. Merveilleuse exception théorique, qui permet aux crimes de guerre de continuer de plus belle et à la bêtise militante de persévérer dans son être.

Un Polonais à ma table

Se faire rouler dans la farine par des islamistes, donner de faux espoirs à des peuples martyrs, s’arranger pour que le pays de Thomas Paine soit détesté universellement, se croire plus malin que tout le monde et signer des traités que les signataires trahiront à la première occasion, voilà sans doute ce que le stratège de Mar-a-Lago appelle l’art du deal.

«L’élection de Donald Trump est un miracle» est certainement la phrase la plus comique de 2025, mais il y a plus comique encore — et c’est la phrase de 2026 : «Il m’a beaucoup déçu».

Je me souviens d’un texte de Houellebecq intitulé «Donald Trump est un bon président», titre sur lequel il y aurait lieu, me semble-t-il, d’ironiser quelque peu. Où l’on voit une fois encore que la prédiction est un art difficile — surtout en ce qui concerne l’avenir.

Voilà qui donne une furieuse envie de relire le Polonais Brzezinski, lequel fut le premier à comparer Donald Trump à Mussolini. Je sais bien que comparaison n’est pas raison, mais quand même. À force de lever le menton sur La Walkyrie, on finit toujours par emprunter un mauvais chemin.

Laissons donc nos vaillants MAGA ramer comme ils le peuvent et Nicolas Conquer enchaîner les costumes bien taillés (photo). Le mieux est encore de relire ‘The Grand Chessboard’.

C’était à la fin du siècle dernier, à une époque où les réalistes ne se trompaient pas avec la même constance que Monsieur de Villiers. Contrairement aux capitalistes obnubilés par leurs parts de marché, l’auteur tenait la résurgence du nationalisme russe pour le plus grand danger qui pèse sur l’Europe. Soucieux d’offrir une protection militairement solide aux pays récemment émancipés de la tutelle soviétique (vouloir échapper aux héritiers de Staline n’est pas un crime), l’auteur plaidait pour un élargissement de l’Alliance atlantique à l’Est. Faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN ? Mais voyons, vous n’y pensez pas. Mieux vaut une Europe désarmée, un dictateur en roue libre, des crimes de guerre sans fin et presque deux millions de morts — c’est infiniment plus judicieux.

La lucidité étant un vilain défaut, l’auteur devait provoquer l’ire des néo-cons pour avoir refusé de soutenir la guerre d’Irak. Ses analyses les plus fines peuvent être relues dans les anciens numéros de ‘Foreign Affairs’ et dans ce livre prophétique dont nous ne sommes toujours pas sortis. Le Bon Coin l’affiche à 3,95 euros – frais de port inclus – ce qui n’est vraiment pas cher payé.

31.05.2026

Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, Pluriel, 2000.

À demain, Mauriac

François Mauriac à la date du 4 janvier 1957 :

« Au seuil de l’an nouveau, les Français ont peine à regarder plus haut et plus loin que la partie jouée en leur nom par ceux qu’ils ont chargés de tenir les cartes. Comment ces virtuoses du mensonge politique ne nous fascineraient-ils pas ? Efforçons-nous pourtant de les oublier un instant.

Que 1956 ait été malgré eux, et au sens profond, une « année de grâce », je le crois. Nous nous sommes repris à espérer — non pas, à mon sens, parce que des fissures ont apparu dans l’appareil défensif de la Russie (…), ni à cause du désarroi suscité chez les militants par les événements de Hongrie. Non, le réveil de notre espérance en 1956 aura tenu à cette démonstration qui a été faite avec éclat à Poznań et à Budapest : l’homme a résisté au système. Ce fait nouveau bouleverse tout. Et que je l’observe en chrétien, c’est-à-dire en homme partial, ne l’empêche pas d’être et de s’imposer aux matérialistes comme à moi-même. »

Bloc-notes, 1952-1957, Point Seuil, p. 423.

Il fut un temps où les chrétiens prenaient le parti de la résistance contre les tyrans — une tradition française dont les bigots et les poutinolâtres sponsorisés par Monsieur Bolloré semblent avoir perdu jusqu’au souvenir.