Un Polonais à ma table

Se faire rouler dans la farine par des islamistes, donner de faux espoirs à des peuples martyrs, s’arranger pour que le pays de Thomas Paine soit détesté universellement, se croire plus malin que tout le monde et signer des traités que les signataires trahiront à la première occasion, voilà sans doute ce que le stratège de Mar-a-Lago appelle l’art du deal.

«L’élection de Donald Trump est un miracle» est certainement la phrase la plus comique de 2025, mais il y a plus comique encore — et c’est la phrase de 2026 : «Il m’a beaucoup déçu».

Je me souviens d’un texte de Houellebecq intitulé «Donald Trump est un bon président», titre sur lequel il y aurait lieu, me semble-t-il, d’ironiser quelque peu. Où l’on voit une fois encore que la prédiction est un art difficile — surtout en ce qui concerne l’avenir.

Voilà qui donne une furieuse envie de relire le Polonais Brzezinski, lequel fut le premier à comparer Donald Trump à Mussolini. Je sais bien que comparaison n’est pas raison, mais quand même. À force de lever le menton sur La Walkyrie, on finit toujours par emprunter un mauvais chemin.

Laissons donc nos vaillants MAGA ramer comme ils le peuvent et Nicolas Conquer enchaîner les costumes bien taillés (photo). Le mieux est encore de relire ‘The Grand Chessboard’.

C’était à la fin du siècle dernier, à une époque où les réalistes ne se trompaient pas avec la même constance que Monsieur de Villiers. Contrairement aux capitalistes obnubilés par leurs parts de marché, l’auteur tenait la résurgence du nationalisme russe pour le plus grand danger qui pèse sur l’Europe. Soucieux d’offrir une protection militairement solide aux pays récemment émancipés de la tutelle soviétique (vouloir échapper aux héritiers de Staline n’est pas un crime), l’auteur plaidait pour un élargissement de l’Alliance atlantique à l’Est. Faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN ? Mais voyons, vous n’y pensez pas. Mieux vaut une Europe désarmée, un dictateur en roue libre, des crimes de guerre sans fin et presque deux millions de morts — c’est infiniment plus judicieux.

La lucidité étant un vilain défaut, l’auteur devait provoquer l’ire des néo-cons pour avoir refusé de soutenir la guerre d’Irak. Ses analyses les plus fines peuvent être relues dans les anciens numéros de ‘Foreign Affairs’ et dans ce livre prophétique dont nous ne sommes toujours pas sortis. Amazon l’affiche à 3 euros 50 – frais de port inclus – ce qui n’est vraiment pas cher payé.

Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, Pluriel, 2000.