Philosophy

Since there is no solution, enjoy the problem.

Publicités

Catch 22

“You have a morbid aversion to dying. You probably resent the fact that you’re at war and might get your head blown off any second. »

« I more than resent it, sir. I’m absolutely incensed. »

« You have deep-seated survival anxieties. And you don’t like bigots, bullies, snobs, or hypocrites. Subconsciously there are many people you hate. »

« Consciously, sir, consciously, » Yossarian corrected in an effort to help. « I hate them consciously. »

« You’re antagonistic to the idea of being robbed, exploited, degraded, humiliated, or deceived. Misery depresses you. Ignorance depresses you. Persecution depresses you. Violence depresses you. Corruption depresses you. You know, it wouldn’t surprise me if you’re a manic-depressive! »

« Yes, sir. Perhaps I am. »

« Don’t try to deny it. »

« I’m not denying it, sir, » said Yossarian, pleased with the miraculous rapport that finally existed between them. « I agree with all you’ve said.”

JOSEPH HELLER Catch 22, p 173.

article-2059060-0E4754AA00000578-668_634x352

Il n’y pas de rapport sexuel

  artwork_images_1162_633809_philip-lorca-dicorcia
Critique du film de Raphael Siboni, « Il n’y a pas de rapport sexuel », Capricci Film.
***

Qu’est-ce qu’un bon film sur la sexualité ? Un film qui n’enseigne rien. Un film qui ne délivre pas la formule de la bonne jouissance. Un film qui en sait moins que vous, et qui n’en a pas honte. Un film qui s’en tient au plus absurde, au plus comique, parce que l’étendue de notre non-savoir sexuel restera toujours, soyons clairs, abyssale.

En intitulant leur opus Il n’y a pas de rapport sexuel, on peut dire que nos deux compères – le jeune Raphaël Siboni à la direction, le hardeur HPG à l’exécution – commencent sur de bonnes bases.

Sélectionnant les rushes personnels d’HPG, Siboni a eu l’intelligence suprême de s’en tenir aux scènes les plus stupides. Il se peut que ce film ne reflète qu’imparfaitement le monde du X, mais comme le propos n’est pas là, on ne lui en tiendra pas rigueur. Il ne s’agit pas de filmer la pornographie, mais de filmer l’absence de rapport sexuel dans la pornographie.

Par sa simplicité, par son absence de pause intellectuelle, Siboni a réalisé un authentique chef-d’œuvre. Tout est dans les détails, et ces détails n’ont rien à voir avec le sexe : telle actrice, le visage recouvert de sperme, se prend de compassion pour un acteur dont la fatigue commence à se faire sentir. Tel autre, déçu d’avoir si peu éjaculé, se tourne vers le caméraman, désolé.

Ces scènes sont hilarantes, et elles reflètent la force d’HPG. La force d’HPG est de ne pas vouloir passer pour quelqu’un de bien. C’est une qualité morale extrêmement rare. Tel philosophe vous enseignera comment faire l’amour comme un cochon tout en respectant les femmes, tel libertin trouvera étrange que vous ne soyez pas aussi libre que lui : pour sa part, HPG ne se montre jamais en exemple. Et c’est pourquoi ce petit film touche juste. Non pas que l’acteur se montre tel qu’il est : une telle confession ne l’aurait pas rendu plus humain. C’est bien plutôt sa roublardise, son obsession soiffarde, sa confusion (impossible de savoir ce qu’il veut dès qu’il se lance dans une indication scénique) qui font de cet hardeur malhabile et musclé un frère en absurdité.

Les cocus ont-ils encore un avenir ?

Alors que bien des hommes aimeraient voir leurs femmes entre les bras d’un autre, jamais cette manie érotique n’a connu pareille sinistrose. Le cocu français va mal. Il suffit d’aller sur candaulisme.com pour s’en convaincre. Les maris sont unanimes pour souligner la difficulté de trouver un amant digne de ce nom. Quant à la négociation qui permet d’amener une femme normale à pratiquer ce sport inédit, elle s’avère, au dire de nombreux témoignages, fastidieuse et incertaine. Après la perte de compétitivité de la zone Euro et l’effondrement de la popularité présidentielle, il semble clair que quelque chose ne va pas non plus dans le domaine des perversions sexuelles.

Il est vrai que le candauliste fait tout à l’envers. Non seulement son voeux le plus ardent consiste à présenter sa femme à un amant, mais son propre bonheur conjugal constitue le plus grand obstacle à l’exercice de sa perversion. Qu’une épouse se sente épanouie, et c’est l’ennui qui menace. Qu’elle se sente comblée sexuellement, et c’est l’impasse.

Je veux bien croire que le sort des chrétiens d’Orient soit davantage préoccupant, mais il ne faudrait pas que le candaulisme national disparaisse dans l’indifférence générale, lui non plus. Il ne faudrait pas que, sous prétexte d’une conjoncture économique et religieuse nettement dégradée, les hommes s’avisent d’abandonner leurs perversions sexuelles (duquel dépend étroitement la littérature d’une Nation, et, plus important que tout, son génie comique). Sans exiger du Ministère la tenue des Etats Généraux du Candaulisme, il me semble qu’un simple message d’encouragement, en ces temps anormalement sombres, serait déjà bien.

 

10606182_294546334060991_527200045950949673_n