« Epic Stupidity », voilà comment le général Yakovleff a rebaptisé l’opération militaire spéciale de Donald Trump – et il paraît difficile de lui donner tort. Jamais chef de guerre plus stupide n’aura foulé une terre étrangère – sauf peut-être Publius Quinctilius Varus à la bataille de Teutobourg, et encore. Non seulement ses appels à l’aide sont contradictoires avec le ton triomphaliste qu’il affiche en toutes choses, non seulement son triomphalisme en stuc ne trompe personne, mais Donald Trump perdra sa guerre en raison des Shaheds – ces mêmes Shaheds dont les MAGA se sont toujours fichus en Ukraine. En somme, ces bons chrétiens sont en train d’être punis par où ils ont péché.
L’ironie de l’Histoire a fait son grand retour depuis que Donald Trump n’a plus les cartes en main et que le KGBiste et le MAGA se retrouvent comme des imbéciles au milieu du gué. N’en déplaise aux supporters français de Donald Trump – ces réalistes qui n’ont rien vu venir –, l’Europe est aujourd’hui la seule puissance capable de résister à la folie des kleptocrates qui n’ont d’autre solution que de mener des guerres en cascade pour ne pas affronter la justice dans leur propre pays – cette Internationale qu’Anne Applebaum appelle « Autocracy Inc. » et que nous pourrions appeler, en hommage à Epstein, l’Axe du Mac.
On dira que l’Europe est une puissance impuissante, mais elle empêche un autocrate de remporter la mise dans un pays qui ne lui appartient pas – ce qui n’est pas rien. On dira l’Europe incohérente, mais cette incohérence vaudra toujours mieux que la cohérence qui relie Orban à Fico, et Fico à Poutine. Ou Poutine aux mollahs, au cas où les trumpistes n’auraient toujours pas fait le rapprochement entre ces deux ennemis jurés de la démocratie : la Russie et l’Iran. Nous ne sommes qu’à quelques images satellitaires de pouvoir confirmer le lien entre ces deux pays dans le ciblage des forces américaines censées renvoyer l’Iran à l’âge de pierre, ce qui ne devrait pas gêner Donald Trump outre mesure. (Et pour cause : Poutine est et restera toujours son modèle). Dieu sait pourtant si une théocratie nucléarisée présente une menace réelle. Dieu sait pourtant si la frange démocratique du peuple iranien mérite notre soutien inconditionnel. Nous avons là tous les éléments d’une guerre juste, mais une guerre juste menée par des colonialistes de cette nature ne le reste jamais très longtemps.
