Pitié pour Voltaire

Thomas Hochmann a consacré une belle étude à cette expression politique aussi peu voltairienne que possible. Si l’intelligence nous ramène à la dure obligation de penser quelque chose de vrai, la bêtise nous ramène toujours à ce vide, à ce rien – à ce rien que l’on ne peut pas dire, pour citer l’indigné de service qui sévit sur CNews. Le porte-voix de Bolloré sait-il que l’expression « on ne peut plus rien dire » consiste à redonner au rien toute son importance ? Non, bien sûr.

En attendant c’est avec cette expression qu’il nous fait tous les jours son petit numéro d’anti-gauchiste en chef. Et dire que l’on ne peut pas traiter nos opposants de gauchistes sans se faire traiter de fascistes. « C’est vraiment trop injuste ! ». Et dire que l’on ne peut même pas répéter en boucle les mensonges du Kremlin. « C’est vraiment trop injuste ! » Et dire que l’on ne peut même pas tresser des louanges aux kleptomanes sanguinaires du clan Trump. « C’est vraiment trop injuste ! ». De même que Caliméro ne serait pas Caliméro sans sa coquille d’œuf, Pascal Praud ne serait jamais devenu Pascal Praud sans cette expression qui occupe à elle seule toute l’étendue de son crâne vide.

À lire, donc, pour saisir les ressorts d’une indignation dont dépend l’avenir du populisme et, accessoirement, celui du pays.

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