Du temps où l’Occident se croyait invincible, des ultranationalistes aussi délirants que Vladimir Zhirinovsky ou Alexandre Douguine passaient pour des rigolos en Europe. Ces hommes réunissaient, au nom d’un messianisme russo-centré effectivement délirant, le pire du XXe siècle : haine viscérale de la démocratie, impérialisme assumé, suprématisme ethnique et culte de la force.
Preuve que les tribuns à la Goebbels l’emporteront toujours sur nos bons pacifistes, tout ce que Zhirinovsky proposait a été mis en œuvre par Poutine — tout spécialement en Ukraine. C’est dire si nous aurions bien tort de prendre les récents propos d’un Soloviov à la légère.
Prétendre que les Européens considèrent les Russes comme des « sous-hommes ». Présenter sa nation comme victime d’une haine « totale ». En déduire que la guerre devient existentielle, donc nécessaire : les vrais nazis n’ont jamais raisonné autrement. Il nous reste à paraphraser Pasolini : les nazis reviendront, et ils prendront l’apparence de l’anti-nazisme.
Si d’aventure le lecteur souhaitait s’informer sur le soutien du KGB aux « patriotes » issus du nazisme — prélude à l’affinité si touchante qui unit nos fachos à la Russie éternelle — il pourra toujours consulter ce livre d’une précision et d’une rigueur redoutables. Tout y est. Organisations, contacts, infiltrations, mots d’ordre. Ce classique a presque dix ans, et il n’a pas pris une ride.
DdN
Russia and the Western Far Right. Tango Noir. By Anton Shekhovtsov. Routledge, 294p.
