Eblouis par la mise à sac du BHV Marais, tous les apôtres de la violence divine sont de sortie, trop heureux de se refaire une santé sur le dos des banlieusards. Nos anti-capitalistes sont toutefois en désaccord avec Marx, lequel pensait que ces pilleurs renforçaient le parti de l’Ordre. Mais alors, demandera-t-on, de quel communisme s’agit-il ? La réponse ne se trouve pas dans les ouvrages de Karl Marx, mais dans le fait que ces Messieurs ne vont jamais voler des shampoings eux-mêmes. Puisque la violence est si belle, puisque la violence est si juste, on se dit que les exégètes éblouis de Frédéric Lordon vont se jeter, telle une horde sauvage, sur les vitrines de la rue Saint-Jacques. Mais non. Lorsqu’un mélenchoniste comme Didier Eribon sort dans la rue, que fait-il ? Il achète des médicaments. Disons mieux : il achète des médicaments avec la déférence qu’un petit bourgeois bien poli entretient envers la gent commerçante en général, et ce pharmacien en particulier.
La seule personne qui puisse nous aider à comprendre ce drame si française où se mêlent tout ensemble romantisme revanchard et glose révolutionnaire mal digérée est un poète – et pour cause. Ce communisme est un communisme entièrement poétique au sens où Jaufré Rudel illustrait, par ses louanges, ce courant littéraire que l’on appelle « l’amour de loin ». L’intellectuel insurrectionnel veut bien distribuer des tracts estampillés URSS, à condition de manger des saucisses à la fête de l’Huma ; mais de là à casser des vitres et voler des shampoings lui-même, il y a une marge qu’un reste de bonne éducation bourgeoise, semble-t-il, ne permet pas de franchir. On a des livres à écrire, ma bonne dame, et puis il y a des Arabes pour ça.
Ne faites pas comme Staline, ne demandez pas à l’insurrectionnel parisien : « La France, combien de divisions ? ». Demandez-lui simplement : « Alors, combien de shampoings aujourd’hui ? »
