La casuistique du poutinisme français s’est enrichie d’une subtilité nouvelle depuis que le secrétaire national du Parti communiste se croit en mesure de faire la distinction entre des «armes défensives» et des «armes offensives». C’est que M. Roussel se fait une très haute idée, sinon de la France, du moins de la ligne Maginot. Il y aurait donc des armes défensives, qui vous permettent de rester bien au chaud derrière votre frontière, et des armes offensives, qui ont le tort d’agresser l’agresseur et de détruire sa capacité à vous frapper tous les jours. A-t-on jamais tenu raisonnement aussi déconnecté du terrain — et, tactiquement, aussi bête ?
Il est vrai que M. Roussel est communiste, et que son sens de la liberté s’arrête là où commence une invasion russe. Si encore ce politicien était assez honnête pour parler aux Français le langage de la vérité : « Si les États-Unis n’ont pas réussi à faire plier Poutine diplomatiquement, pourquoi voulez-vous qu’un pays beaucoup plus faible y parvienne ? » Mais non. Il lui faut encore jouer au conciliateur en oubliant de préciser que le meilleur élève de cette diplomatie si gentille et si complaisante s’appelle, en réalité, Donald Trump. Il lui faut encore reprendre tous les poncifs poutinisants de l’AfD, visiblement content d’apporter sa modeste contribution à ce nouvel axe rouge-brun. Il lui faut encore innocenter le vrai coupable avec un air angélique qui ferait presque passer Aragon pour un stalinien lucide. Il lui faut encore donner dans l’antiaméricanisme primaire et dénoncer le capital plutôt que le généralissime qui massacre des hommes. C’est ce qui s’appelle, j’imagine, avoir le communisme dans le sang.
