Bien avant que l’abandon de Samuel Paty ne s’impose comme une évidence, toute enquête sur les circonstances de sa mort devait naviguer entre deux formes de dénégation : «Comment pouvez-vous parler d’abandon alors que nous avons envoyé un référent laïcité sur les lieux ! Vous cherchez la provocation, c’est ça ?» — réaction typiquement administrative à laquelle nous devons adjoindre le soupçon suivant : «Pourquoi vous intéresser à la décapitation de ce pauvre homme ? Vous avez quelque chose contre les musulmans ? Vous roulez pour Le Pen ? Vous êtes un fasciste, c’est ça ?» Six ans plus tard, l’augmentation spectaculaire des demandes de protection fonctionnelle est telle que la violence envers le personnel enseignant fait désormais l’objet d’une politique publique et d’un contrôle parlementaire.
Je partage ici quelques unes des excellentes questions auxquelles il me faudra répondre à l’Assemblée nationale. Lors de son audition, Michaëlle Paty a prononcé ces mots : « Il faut partir du singulier pour comprendre ce qui nous concerne tous. » Rien de plus vrai, rien de plus juste. Belle occasion de servir la mémoire d’un homme pitoyablement accusé d’islamophobie. Belle occasion d’examiner les procédures qui permettent à des fonctionnaires de se cacher derrière leur petit doigt toutes les fois qu’un danger réel se profile. Belle occasion de revenir sur cet antiracisme dévoyé qui réserve sa compréhension aux fanatiques et son mépris – comme son soupçon – à l’innocent.
J’en profite pour signaler que Didier Lemaire vient de publier un livre aux éditions Héliade, « Manifeste pour l’École », dont l’exergue, traduit de l’arabe, résume en peu de mots le sens de notre démarche tout entière :
« Lève-toi pour l’enseignant et rends-lui tout l’honneur qu’il mérite. »
(Ahmad Chawqui, 1868-1932)
21.09.2026
