« En bon nazi, Furtwängler ne comprend rien au mystère », nous apprend Samuel Beckett dans une lettre datée du 27 janvier 1934, avant de préciser que ce dernier dirige la Septième de Beethoven comme on prépare une omelette. Précision supplémentaire : « Il a la charmante modestie de se laisser diriger par ses cuivres (qui soufflent comme seuls les buveurs de bière savent le faire), tout en faisant de sa petite main gauche des gestes très osés à l’intention de ses premiers violons, qui n’y ont fait heureusement pas la moindre attention. » (Atteindre le point Godwin sans aplatir son sujet est le privilège des grands). Plus conscient du péril nazi que de son génie, Beckett ne cesse d’être déçu par sa propre production. Résistant, prix Nobel, Beckett trouvera toujours le moyen de se rabaisser aux yeux des autres et de lui-même, autodénigrement dont l’expression définitive prendra la forme suivante : « Pourquoi diable ne suis-je pas entré chez Guinness comme le souhaitait mon père ? »
