Indispensable Feydeau

Marine Le Pen a lancé sa campagne présidentielle sur un premier mensonge : l’idée que le peuple jugera à la place des juges. Comme si le peuple détenait les pièces du dossier, comme si le peuple pouvait accumuler et soupeser les preuves avec l’équilibre et la sérénité qui conviennent. Quelle que soit l’issue d’une démarche purement juridique qui ne change rien quant à sa condamnation de fond, Marine Le Pen est d’ores et déjà coupable de tabler sur les passions collectives pour faire oublier ses turpitudes, coupable de confondre vox populi et État de droit. « Marine Le Pen est une justiciable comme une autre, ça vous embête ? », enchaîna aussitôt le piètre enfumeur Jean-Philippe Tanguy, comme si les Français ordinaires pouvaient dresser des électeurs contre les juges, comme si une telle pression, pour un justiciable non élu, était possible.

Soirée télévisuelle des plus éclairantes, puisqu’en l’espace de deux mensonges, nous avons un résumé parfait du tour passe-passe populiste : confondre une élection et une institution, attenter à la séparation des pouvoirs en faisant mine de remonter « aux sources de la démocratie », sauver les intérêts d’un clan en donnant l’impression de « rendre la parole au peuple ». Le cocufiage politique étant le seul contrat renouvelable par suffrage universel, gageons que les électeurs de Marine Le Pen préféreront voir en elle une candidate anti-système pour découvrir ensuite — c’est-à-dire une fois qu’il est trop tard — à quelle blanche colombe ils ont affaire. C’est ce que l’on appelle, chez l’indispensable Feydeau, le moment de vérité.

Laisser un commentaire