« Epic Stupidity », voilà comment le général Yakovleff a rebaptisé l’opération militaire spéciale de Donald Trump – et il paraît difficile de lui donner tort. Jamais chef de guerre plus stupide n’aura foulé une terre étrangère – sauf peut-être Publius Quinctilius Varus à la bataille de Teutobourg, et encore.
Non seulement son triomphalisme en stuc ne trompe personne, mais Donald Trump perdra sa guerre en raison des Shaheds – ces mêmes Shaheds dont les MAGA se sont toujours fichus en Ukraine. En somme, ces bons chrétiens sont en train d’être punis par où ils ont péché.
L’ironie de l’Histoire a fait son grand retour depuis que Donald Trump n’a plus les cartes en main. Une drôle de justice divine est donc en train de se mettre en marche, mais ce n’est pas celle des anti-Lumières, ni celle des mollahs iraniens, ni celle de l’extrême droite israélienne, ni celle des pasteurs de la Maison-Blanche qui nous tuent de leur espérance tous les jours que le Diable fait. N’en déplaise aux supporters français de Donald Trump – ces réalistes qui n’ont rien vu venir – l’Europe est aujourd’hui la seule puissance capable de résister à la folie des kleptocrates qui n’ont d’autre solution que de mener des guerres en cascade pour ne pas affronter la justice dans leur propre pays – cette Internationale qu’Anne Applebaum appelle « Autocracy Inc» et que nous pourrions appeler, en hommage à Epstein, l’Axe du Mac.
On dira que l’Europe est une puissance impuissante, mais elle empêche un autocrate de remporter la mise dans un pays qui ne lui appartient pas – ce qui n’est pas rien. On dira l’Europe incohérente, mais cette incohérence vaudra toujours mieux que la cohérence des fascistes. On dira l’Europe décadente, mais cette décadence vaudra toujours mieux que le «renouveau» occidentaliste de Marion Maréchal Le Pen. «Plaidoyer pour l’Europe décadente», tel est le titre provocateur que Raymond Aron avait choisi en 1977 afin de résister aux sirènes de l’extrémisme et de la démagogie – tentative qui n’a rien perdu de son actualité. Nos droitards vous apprendront que l’U.E. repose sur un rêve supra-national et que ce rêve n’intéresse que les esprits théoriques biberonnés au kantisme ; mais c’est ne rien comprendre à l’unité du monde comme à la démonstration attendue. Cette démonstration ne surgit pas dans la théorie, elle surgit dans le réel, parce que le repli démagogique sur l’intérêt «national », la pratique du cynisme et le mépris du droit international finissent toujours, tôt ou tard, par se payer globalement.
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PS. Avant que certains ne s’empressent de mal comprendre ce propos : ce n’est pas le but qui est en cause, mais la méthode. Merci de ne pas confondre but et méthode.
