À l’instar du sourire publicitaire de Madame Sarah Knafo, le spectacle de l’identitarisme est l’un des plus rebutants qui soient, et l’on s’étonne que des citoyens qui sont nés par accident dans un pays en tirent une pareille vanité. Quel fatras d’exaltation trumpo-narcissique et de nostalgie napoléonienne sont-ils prêts à déployer pour ne pas voir qu’être Français ou Allemand relève exclusivement du hasard. Les identitaristes français sont comme ces Mahométans qui, nés par le plus grand des mystères dans un pays musulman, s’imaginent qu’Allah est le seul vrai Dieu. Seraient-ils nés à Tuvalu qu’ils ne jureraient que par le dieu Tagaloa.
Français, Descartes l’était au plus haut point – justement parce que le hasard de la naissance n’avait aucune prise sur lui. Quoi d’étonnant si la politique qui en découle – infiniment plus française que tout ce que les Grandes Têtes Molles du sentimentalisme national essaient péniblement de justifier, ou de concevoir – nous permettrait de naviguer dans les eaux troubles du siècle avec une cohérence autrement plus incisive. Quel point commun entre la lutte si rationnelle contre l’Islam politique (que ces mauvais républicains ne savent traiter que sur le registre de l’obsession) et la lutte non moins légitime contre Poutine ou contre la fascination pro-russe (fascination dont ces nostalgiques de l’Empire sont bien en peine de se défaire) ? Non seulement Pierre Guenancia connaît son Descartes sur le bout des doigts, mais son propos d’ensemble – à savoir que le cartésianisme est une politique, et que cette politique est l’une des moins abstraites et des plus réalistes qui soient – relève de l’actualité la plus immédiate. Puisse cette merveille d’érudition trouver une place sur votre étagère – elle vous rendra immédiatement heureux d’être républicain, et français.
Kyiv, 14.02.2026
