Alors que leur champion profite de sa fonction pour s’en mettre plein les poches, alors que sa politique étrangère lui met tout le monde à dos et que ses propos sur les soldats européens trahissent une ingratitude sans pareil, les partisans français de Donald Trump ont décidé de serrer les rangs comme on serre les fesses avant de se jeter dans le vide. De même que Monsieur Bardella pédalle dans la choucroute toutes les fois qu’une question un peu sérieuse lui est posée, Madame Le Pen multiplie les tournures alambiquées pour ne pas voir que son modèle en politique est en fait – ce sont des choses qui arrivent – un crétin fini. Il revient à ces patriotes de défendre leur modèle jusqu’au ridicule, et même jusqu’à la collaboration. Trump envahirait-il notre pays que le gaulliste Pascal Praud – qu’on me pardonne cette antiphrase comique – nous apprendrait que ce conquérant a bien raison, que sa philosophie est d’une finesse inusitée et que sa vision du monde, décidément, est excellente.
Ces bons chrétiens nous font irrésistiblement penser à cette parole de l’Evangile : les premiers seront les derniers. De même que les communistes furent les derniers à comprendre la vraie nature du communisme, les Trumpistes de la première heure seront les derniers à comprendre la vraie nature du trumpisme. Sa défense de la liberté d’expression est une pitrerie, sa défense des valeurs américaines une vaste blague, et il n’est pas jusqu’à son amour de la Paix qui ne se révèle pour ce qu’elle est : une tentative pour fonder l’Internationale du crime entre dictateurs consentants. Trump pourrait terminer cette guerre en 24 heures s’il précipitait la chute du Kremlin en armant l’Ukraine ; mais il faudrait pour ce faire que sa vision des rapports de force ne soit pas celle de Poutine. S’en prendre aux démocraties libérales en Europe, passe encore – mais s’en prendre à un vrai despote, voilà qui lui arracherait le cœur.
On dira que Donald Trump ménage son grand ami Poutine par réalisme, mais Pierre Laval aussi souhaitait la victoire de l’Allemagne par réalisme – ce qui ne lui a pas empêché de connaître le destin fort réaliste qui fut le sien. Combien de temps les thuriféraires du tocard Carlson, les fans du gang MAGA et les poutinistes à la manque vont-ils tenir le haut du pavé médiatique avant de sombrer, tels les maoistes dont parlait Simon Leys, dans les poubelles de l’Histoire ? Les paris sont ouverts.
