Tu t’appelles Darina Masiuk. Tu es née en Ukraine en 1926 et tu entends rester libre. Tu as donc contre toi la police politique de la Deuxième République de Pologne, puis le NKVD, puis les Einsatzgruppen, puis la Gestapo, et finalement le KGB – agence dont Poutine est, bien sûr, le dernier avatar.
Parce que les bureaucrates aiment faire les choses correctement, tu passes par l’atelier photographique, avec ses pinces en fer et ses étiquettes froidement pharmaceutiques ; puis vient l’interrogatoire. Tu entres dans la salle des investigations, avec son tabouret, ses deux tampons, et cette photo du grand Staline qui sourit légèrement (à ton intention ?). Comme tu attends le droit de prendre la parole dans le vain espoir de défendre ton cas, tu jettes un œil sur la machine à écrire. Cette machine fait la fierté du bourreau et elle continuera de trôner sur la table lorsque des Juifs, promis au même sort que le tien, porteront ton cadavre dans la fosse commune.
Il se trouve que, par le plus étrange et le plus grand des hasards, tu survivras aux séances de torture et à la disparition de tes camarades. Plus tard, beaucoup plus tard, des jeunes viendront t’interroger, et tu leur diras simplement ceci : « Nous voulions rester libres. Nous étions jeunes et très heureux. »
Lviv, prison de Lomsky, 2025.
Photos : DdN
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