Maksym

L’écrivain Maksym Kryvtsov a rejoint son unité un lundi matin. Arborant un sourire lunaire, habillé comme l’as de pique, ce fils de bibliothécaire cochait toutes les cases pour devenir le souffre-douleur de son régiment. Mais son endurance, son charisme et son agilité au combat ont rapidement dissipé ce malentendu. Maksym a décrit sa propre mort quelques jours avant de succomber à ses blessures, le 7 janvier 2024.

Le poème, sans titre, commence ainsi :

« Golgotha » à « Marie »
« Golgotha » à « Marie » :
Tu me reçois ?
« Golgotha », ici « Marie »
« Golgotha », ici « Marie »
Cinq sur cinq.

Il s’agit d’un poème ukrainien en vers libre, soudain interrompu par cette précision :

« Le Rebelle »
avait le crâne fracassé,
un éclat profondément enfoncé dans sa tête,
le ventre déchiré,
et deux doigts de la main gauche arrachés ».

De ce soldat, nous apprenons ceci:

« Le Rebelle » était électricien.
Dans son petit appartement d’une pièce,
au-dessus de son lit,
il avait accroché
une grande croix
néon violette.
Il attendait le dernier dimanche de chaque mois
pour aller se promener avec sa fille Anna,
âgée de quatorze ans.
Ils allaient ensemble au cinéma « Jhovten »,
regarder des films d’animation ou des rediffusions,
s’asseoir au premier rang,
retirer leurs lourdes bottes,
étendre leurs pieds,
manger du pop-corn sans façons ».

Le poème suit ensuite des chemins de traverse, avant de retourner à sa forme initiale – et de se conclure par ces mots :

« Golgotha » à « Marie »
« Golgotha » à « Marie » :
Tu me reçois ?
« Golgotha », ici « Marie »
« Golgotha », ici « Marie »
Cinq sur cinq.

Nous avons deux blessés,
Nous avons deux blessés,
Terminé.

Bien reçu.
Nous arrivons. »

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