Un prophète

L’islamophobie est tellement répandue que le système produit des attentats pour pouvoir détester les musulmans plus facilement : telle est la nouvelle thèse de Monsieur Mélenchon. Jusqu’à présent le leader de la France dite Insoumise s’était contenté d’accuser le gouvernement français des crimes commis au nom d’Allah. Lassé d’excuser les islamistes après coup, Monsieur Mélenchon a décidé de frapper fort : les excuser avec un temps d’avance. C’est sa manière à lui d’avoir raison.

Comprenons bien le problème de Monsieur Mélenchon. Le leader de la France Insoumise n’est pas en guerre contre l’islamisme, mais contre le fait d’avoir tort. C’est pourquoi les Français n’apprendront rien sur le prochain attentat : rester dans le vague, voilà encore la meilleure façon de ne pas se tromper. L’important n’est pas de dévoiler l’identité exacte du circuit ou du commanditaire, l’important est que notre homme puisse jeter à la face du monde cette phrase qui l’obsède, la phrase qui le dévore, celle qui le vengera enfin de ses adversaires, de son futur échec, et, pour finir, du réel : “je vous l’avais bien dit”.

L’Ange Exterminateur

Les anti-wokers ont du pain sur la planche. L’époque n’est pas au libre examen mais à la repentance obligatoire et au mimétisme moralisateur. Pas un récipidientaire d’un prix quelconque qui ne se sente une vocation de prédicateur du dimanche, pas une chanteuse qui ne se sente tenue de nous faire son numéro de « conscience éveillée », pas un entrepeneur qui n’ait à coeur de protéger la Planète afin que rien ne change au sein de l’entreprise, et surtout pas les salaires. La ficelle est un peu grosse, mais puisque chacun attache de l’importance à exhiber sa vertu devant tous les autres (trait calviniste qui n’aurait pas déplu à Max Weber), on ne voit pas pourquoi les nouveaux maîtres du monde se priveraient d’un tel atout. 

Voici comment Iain Martin, dans un très bel article sur la question, résume la chose : 

« In capitalism owners and investors are in charge. They can fire the hired management team if it fails to do its job of satisfying customers. In woke capitalism shareholders (and customers) are relegated to be just one of several « stakeholders » as the management team claims that it is also working for a higher purpose ».

Un PDG n’a plus à rendre des comptes de sa gestion économique (et encore moins à justifier les écarts de salaires), puisque son but est d’ordre moral : s’assurer que les consommateurs se comportent en individus « responsables ». C’est ce que Vivek Ramaswamy appelle « the perfect con ». 

« In adopting the multi-stakeholders model, the corporate managerial class has pulled off the perfect con : CEO can do whatever they want so long as they say they have society’s best interest in mind ». 

Puisqu’on vous dit que la vertu sauvera le monde…

Vivek Ramaswamy, Woke, Inc, Inside the Social Justice Scam, Swift, 358p, £20