Contre le port de la tolérance intégrale, 2.

Il est toujours désolant de voir une femme chercher ses mots lorsqu’une musulmane lui oppose le droit de porter la burqa. On connaît le piège à la tolérance qui s’abat immédiatement sur la première : de quel droit m’interdisez-vous de faire ce qui me plaît ? Comme l’actualité se charge de nous l’apprendre, cette conception soixante-huitarde de la tolérance (« que chacun fasse ce qui lui plaît », « il est interdit d’interdire ») est également la conception préférée des partisans d’un Islam dur – militants pour lesquels, voyez comme c’est curieux, rien n’est plus important que de suivre les commandements de Dieu à la lettre.

Comme le montre cette petite vidéo fascinante (fascinante de part sa banalité même), le droit de chacun de faire ce qui lui plaît se redouble du droit de chaque femme de se déclarer féministe du seul fait qu’elle n’a pas été (croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer) forcée dans son choix. Et en effet, que peut-on bien opposer à une femme qui déclare ne pas avoir été forcée de porter la burqa ? « Je veux simplement être seul à seul avec Dieu »‘, nous apprend-elle, avec toute la modestie dévotionnelle qui convient.

Mais ce que ce récit de soi oublie toujours de prendre en compte, c’est l’utilisation de l’autre – l’autre banal, l’homme de la rue, l’homme qui est suceptible de regarder ce visage – comme tiers exclu de cette relation exclusive. Je veux bien que la résistance à la burqa soit la marque d’un affreux préjugé néo-colonial, mais qu’en est-il de cette instrumentalisation de l’homme du commun à des fins religieuses ? Une femme qui choisit librement de se voiler ne laisse pas de choix à l’autre que d’être en position d’obstacle – et, qui plus est, en position d’obstacle impur.

Et c’est bien là que réside toute la différence entre la tolérance véritable et l’usage dogmatique qui en est fait. La tolérance ne consiste pas à faire ce que l’on veut, ni même à exalter son propre vouloir. La tolérance consiste à faire en sorte que l’autre ne soit pas mis en position d’obstacle sur la route du Souverain Bien.

 

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